Christiane Gillardin

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L'envers du paysage.

Il m'est arrivé d'écrire que Christiane Gillardin était inspirée par la part nocturne du monde, que ses tons sombres en revêtaient le ventre où opèrent les forces vitales.

Le paysage qu'elle n'a jamais éliminé de ses préoccupations plastiques est revigoré par ses recherches formelles de ces dernières années.

Les mondes pauvres qu'elle avait imaginés avec le concours d'objets récupérés au hasard des promenades, ces mondes fragiles qui étaient en permanence au bord de l'évanouissement ont à présent franchi le pas et pénétré dans l'envers du miroir. Ses derniers paysages sont ceux d'un monde qu'on ne voit jamais - un autre lieu - I'envers du paysage. Lorsque la nuit efface le contour et l'épaisseur des formes, d'autres sens relaient la simple vue. Toucher, sons et odeurs se mettent en place dans la conscience imaginante, et vous invitent à penser que le réel n'est peut-être pas ailleurs qu'en vous.

Christiane Gillardin pratique donc un art du paysage au-delà du paysage, une figuration au-delà de la figuration. Le noir troué çà et là de rouges, de jaunes et d'ocres est un processus de recouvrement, une décantation du monde environnant dans la conscience de l'artiste.

Dans ces images sans contenu nettement défini, nous pressentons la présence de l'invisible et de l'ineffable. Nous regardons sans voir, parce que le visible est masqué par la volonté de créer une nuit, réciproque parfaite du jour, qui contient tout ce que le jour a d'inexprimé. L'extinction du sens visuel commun nous oblige à activer un autre regard, venant de l'intérieur et faisant appel à nos mémoires esthétiques. Car sous ce voile et cette atmosphère diffuse, il y a quelque chose. Des éléments du réel s'actualisent sporadiquement à travers cette nuit, étalant leur pure objectivité, et dans l'ombre les entourant baigne notre pure subjectivité. Objet et sujet sont entrelacés dans ce jeu des couleurs et de leurs résonances cognitives, alors que dans ses travaux antérieurs, ainsi que dans toute la peinture moderne, objet et sujet se tenaient encore face à face.

Depuis ses dernières expositions, le travail de Christiane Gillardin s'est radicalisé en passant du ténu au subtil, des matériaux pauvres à la sublimation des propositions visuelles. Son propos n'est plus qu'allusion et jamais discours. Sans chercher à convaincre par une argumentation de formes et de couleurs, I'artiste évoque le vide et le plein par l'apparition de taches colorées sur un fond sombre, qui est lui-même le masque qu'elle dépose sur l'univers de tous les possibles, ainsi que la nuit dissimule le réel pour l'ouvrir à l'imaginaire.

C'est par ce jeu authentiquement et exclusivement pictural qu'elle évoque pudiquement le présent et l'absent de son univers personnel.

Georges Fontaine, juin 2001